"On a surprotégé les tisseurs marocains, sans aucun effet sur le développement de l'industrie locale. La concurrence n'a pas évolué. Aucune recherche surla mode, sur les matières... ", s'insurge cette responsable d'une boutique de prêt-à-porter féminin de marques italiennes et françaises. La responsable avait lancé son affaire suite aux accords du GATT qui prévoyaient une baisse progressive des droits de douane. Rien ou presque n'a eu lieu. Aujourd'hui, elle se sent trahie. Mme lsmaili, du ministère de l'Industrie, reconnaît une relative stagnation des "texti- liens". Elle l'explique par le poids des investissements. Ces trois années de grâce (avant la suppression des taux de douanes) seront justement pour ceux-ci l'occasion "de se mettre à niveau, de devenir compétitifs". Une sorte de "dernière chance ".
Fringues importées :
Pourquoi c'est si cher (suite et fin)

... Trois ans, pour beaucoup, c'est encore long. Pourquoi ce délai supplémentaire ? Pour répondre à cette question, il faut s'interroger sur la fonction même de ce taux de douane. La réponse est claire et toujours identique, à la douane comme au Ministère : "la protection de l'industrie nationale ".

Protéger l'industrie nationale, OK, mais laquelle ?

"Ce n'est pas du tout les mêmes produits, la même gamme. Ça n'a rien à voir ! ". Pour la responsable de Vicé Versa, une boutique de Casa qui importe huit marques différentes, les produits locaux et importés ne sont pas comparables.

C'est sans doute aussi ce que sous-entendait ce responsable des douanes à Casa : "cette industrie locale existe, même si elle ne correspond pas aux goûts de tout le monde".

Car c'est bien là le problème : la non-équivalence absolue de ces deux industries quant à la qualité de leurs produits.

Sur ce sujet, ce sont sans doute encore les consommateurs qui en parlent le mieux. "C'est clair, je préfère une belle pièce importée à 2.000 DH que quatre ou cinq à 500 DH fabriquées ici ! " dit Amina, 29 ans, bonne cliente et toujours au parfum des derniéres tendances. "Au moins, je suis sûre de la conserver longtemps. Pour les chaussures, par exemple, j'achète exclusivement impor-té". Bien sûr, comme souvent, cette jeune femme combine "surtout en été. J'achète des T- shirts en cotonnade fabriqués ici ou d'autres petites choses sympa".

Abdou, 28 ans, très soigné sur lui, ne transige pas non plus pour les chaussures. "Toujours des marques étrangères pour être sûr de la qualité". Comme beaucoup d'hommes, il jongle entre "local" et "import", entre Derb Ghallef et Maârif. "Je trouve de bonnes imitations au Maârif de Pierre Cardin, Manoukian ou Quiksilver, des jeans même coupe américai- ne que Levi's à Derb Ghallef ou Qri'a. Quel- quefois même du vrai : un pyjama Manoukian à 40 DH, un T- shirt Dolce&Gabbana à 30 DH ou un blouson Decathlon à 150 DH". (Là, il y a probablement anguille sous roche).
"Je fais aussi ramener de France, un T- shirt Guess, un pantalon Gap par exemple ou des polaires de qualité que je ne trouve pas ici ".

Le vêtement importé répond donc à des impératifs de qualité avant tout, d'originalité (on ne veut pas être comme le voisin). L'import propose enfin des articles introuvables au Maroc.

Ainsi, la douane protège pour l'heure un marché local qui n'a pas grand rapport avec celui qu'on considère comme "concurrent !".

Souhaiter ainsi le développement de l'industrie locale, sans autre mesure, peut cependant ressembler à un voeu pieux. "La protection n'est pas tout. Ce ne peut être une fin en soi. D'autres mesures doivent être prises"pense-t-on à l'AMITH (Association marocaine des industries textiles et de l'habillement). M. Tazi, secrétaire général de l'association souligne les multiples freins au développement d'une industrie locale : le prix des terrains, les patentes, le coût de l'énergie, les taux d'intérêt pour les prêts... "L'investissement national quel qu'il soit, ne peut provenir que d'industriels un peu chevronnés. Des mesures incitatives à l'investissement sont donc nécessaires". Pour M. Tazi, le prochain défi est d'accueillir et d'attirer le plus d'entreprises européennes en recherche de délocalisation. C'est peut-être en effet dans les aides et l'incitation à l'investissement des entreprises marocaines que réside le salut de ces entreprises bien plus que dans une protection drastique et bientôt anachronique de celles-ci

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Yann Barte


"Il est à combien, s'il vous plaît,
le petit tailleur en vitrine ? "

L'emmerdeuse : Elle ne regarde pas, elle scrute. Elle traque le défaut mieux qu'un contrôleur qualité, Le but : obtenir la petite ristourne indispensable. Au besoin, elle invente : le tissu va forcément déteindre, rétrécir ou se déformer au lavage et les coutures vont lâcher. Elle descend le produit avec une telle passion qu'on finit par se demander ce qui lui prend de vouloir acheter ce vêtement au tissu de qualité "pas très sûre", même "pas à sa taille " et à la couleur, "bof s'il avait été dans un vert plus foncé"...

La suspicieuse : Même si la marque est écrite en grand sur la vitrine et sur l'étiquette du produit la suspicieuse reposera immanquablement la question : "c'est bien la marque X ?". Elle sait la question idiote et n'a pas besoin d'oculiste. Elle a juste un besoin incompressible d'être rassurée, pour régler sans regret. La vendeuse doit feindre de ne pas être prise pour une imbécile. Elle connaît son métier.

La fauchée : Elle regarde les étiquettes presque avant les produits eux-mêmes. La fauchée a des antennes, presque un sixième sens. Elle plonge en apnée dans un bac profond de deux mètres et vous ressort "l'affaire du siècle". Elle vous épluche des étiquettes dans une rangée de cinquante tailleurs en moins d'une minute. Le mot "soldes " agit sur elle comme un aimant. Après avoir demandé le prix, qu'elle feint toujours d'ignorer elle beuglera un "0uaaahh ! Aïe aïe aïe ! rituel qui devrait laisser la vendeuse presque désolée ou honteuse, suivant la marge de 20 ou 250 % qu'elle se fait, Elle passera ensuite en revue toutes les réductions possibles : étudiante, famille nombreuse, chômeuse, voisine de quartier fidèle cliente, nouvelle cliente, nouvelle future fidèle cliente...

La voleuse : Si elle regarde les étiquettes, c'est juste pour savoir combien elle va gagner. Elle aime se faire plaisir Et puisque personne ne lui fait de cadeau, elle se sert. Elle est polie et affable avec tout le monde. Elle sourit aux caméras de surveillance. Elle est très discrète. Elle ne demande jamais de paquet cadeau et ne discute jamais les prix. C'est presque la cliente modèle.

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