Interview Natacha Atlas

Son histoire est un résumé des migrations moyen orientales. Palestine, Egypte, Maroc, Europe... Natacha Atlas construit et reconstruit ses origines au gré de son humeur. Elle a cette identité fluctuante des métissés culturels. Elle ne ment pas : elle est tour à tour égyptienne, belge, anglaise... Elle répond en français et termine ses phrases en anglais, glissant ça et là quelques mots en arabe. Elle est une terre de contrastes. Sa musique est à son image : une fusion surprenante.

Égyptienne, palestinienne, anglaise... peut-on revenir sur vos origines, je suis un peu perdu...

Je suis née à Bruxelles. l'ai un grand-père alexandrin et la famille Atlas trouve ses origines du côté de Meknès.

Photo Colin Hawkins

Vous avez dit "je suis une bande de Gaza humaine". Ca n'a pas l'air simple, le métissage !

C'est vrai. J'ai dit cela il y a huit ans, au début de ma carrière. On me posait alors beaucoup de questions sur ma dualité. Une dualité qui va souvent avec une crise d'identité. Je vivais cette situation plus difficilement à l'époque. Je me posais aussi des questions existentielles. Je suis aujourd'hui beaucoup plus sereine avec tout cela. Je pense un peu exprimer aujourd'hui l'identité des personnes qui ont plus d'une identité. Je rencontre beaucoup de gens qui partagent avec moi cette dualité, comme l'Anglo-égyptien par exemple avec lequel je vais travailler pour mon prochain album.

En tout cas, c'est un métissage qui trouve une traduction musicale...

C'est le résultat naturel ! Depuis l'âge de 16 ans, je suis en contact avec la musique arabe et occidentale. Après avoir été danseuse du ventre en Belgique, j'ai commencé à chanter à mon retour en Angleterre à 25 ans. Je suis tombée sur Jah Wobble qui cherchait une chanteuse orientale pouvant chanter en espagnol.

La danse du ventre, vous continuez à la pratiquer. D'où vous vient cette passion ?

De mon enfance, des histoires des "Mille et une nuits", des films égyptiens. Je pense que toutes les femmes aiment cette danse qui exprime des émotions, des sentiments, l'essence d'une femme.

Vous me présentez votre dernier album "Gedida " ?

L'album "Gedida " ( "nouvelle") est un mélange de chaâbi égyptien et de textures, de sonorités nouvelles apportées par "Transglobal Underground" qui donne plus d'ampleur aux idées orientales. Je me sens plus proche du son égyptien.

L'album a, paraît-il, connu quelques " liftings politiques " dans certains pays arabes, comme en Arabie Saoudite. Une photo de pochette de disque recadrée, moins osée, un titre supprimé...

Ca n'est pas encore fait. Ce qu'il s'est passé c'est qu'il y a une chanson, "Bastet", un rap oriental, qu'on m'a dit de laisser tomber. J'y disais des choses un peu politiques. Le titre, c'est vrai, a été interdit. Pour là-bas, c'est normal. on ne peut pas critiquer l'autorité, les gouvernements, c'est même "mamnouâ". J'ai aussi supprimé une chanson anglaise. J'ai dû aussi revoir une ou deux chansons en arabe, pour corriger des fautes de grammaire. Il était question aussi de refaire la pochette. Mais pour le moment, il n'y a pas encore eu de version pour le marché arabe. Seulement de l'import. C'est pour bientôt.

Est-ce difficile de séduire deux publics aussi différents : arabe et occidental ?

C'est particulièrement difficile dans certains pays, comme en Angleterre ou en Allemagne. La France est beaucoup plus ouverte à la musique arabe. Je suis appréciée aussi au Liban et au Maroc. En fait, dans les pays francophones.

Françoise Hardy vous a-t-elle contactée suite à votre interprétation très personnelle de "Mon Amie la Rose " ?

Elle a beaucoup aimé ma version. Elle est venue me voir à l'Olympia. c'est nue femme très gentille et modeste. On a parlé...

Abdelhalim Hafez. Vous lui avez dédié votre deuxième album solo "Halim".Qu'est-ce qu'il représente pour vous ?

C'est mon grand héros de la musqiue arabe, de la chanson égyptienne. Comme l'Amérique a son Elvis Presley. C'est le type qui me fait pleurer, rêver dans ses films. Sa voix me touche vraiment. J'aime beaucoup aussi Sma'han et son frère, Farid L'Atrache.

Et vos coups de coeur parmi les chanteurs occidentaux ?

Björk. J'aime aussi Sinead 0'Connor. C'est aussi quelqu'un que je connais personnellement.

Musicalement, vous vous classez coment ? Chaâbi ? World music ?

Au Liban, on me classe dans la "musique arabe moderne " ou bien le "nouveau chaâbi". Dans les pays arabes, on ne parle pas de techno, dance... ça ne veut rien dire. Pour le festival musique du monde, c'est la "worldmusic", mais je ne fais pas vraiment ça. Le "jeel" c'est peut-être le plus proche.

Vous vous êtes, paraît-il, convertie à l'Islam ?

Je me suis convertie à l'Islam, mais je ne suis pas orthodoxe. Il y a plusieurs chemins pour arriver à Dieu. Ça m'est égal que les gens soient musulmans, chrétiens ou juifs. Mon mari est chrétien et arabe.

Oui, j'ai appris que vous vous étiez mariée, il y a quelques semaines...

Oui, avec un Syrien chrétien. On s'est marié à Londres, le 11 août, le jour ou la lune a bloqué le soleil !

Propos recueillis par Yann Barte
(Femmes du Maroc, octobre 1999)

 

presse-media.com
retour Femmes du Maroc