LVE : Comment décririez-vous les relations entre le Maroc et la Slovaquie et que peuvent s’apporter mutuellement les deux pays ?
Jan Voderadsky :Nos relations sont excellentes. La Slovaquie a apprécié l’aide que le Maroc lui a apporté pour sa participation au Conseil de Sécurité il y a six ans. Nous comptons encore sur son appui pour 2005. Nos bonnes relations ont encore besoin d’être renforcées, dynamisées. Nos trois grandes priorités étaient de devenir membres de l’Union européenne, de l’OTAN et de l’OCDE. Nous avons atteint ces objectifs. Nous devons à présent élargir nos relations, notamment avec le Maroc. Nos deux pays font désormais partie de la convention euro-méditerranéenne. Aujourd’hui nos relations économiques ne représentent que 8 à 13 millions d’euros, un chiffre quasi insignifiant. Nous avons l’intention de développer les échanges, les voyages, notamment entre nos chambres de commerce. Le ministre des affaires étrangères slovaque, au Maroc il y a deux ans, serait heureux de recevoir en Slovaquie M. Benaissa, ministre des affaires étrangères marocain pour améliorer les échanges. Pour se rapprocher de l’UE, le Maroc a aussi besoin de conseils de pays anciennement adhérents comme la Slovaquie. Il existe d’ailleurs un projet de « jumelage » en ce sens financé par Bruxelles.
Le 12 mai dernier, une mission économique marocaine se rendait en Slovaquie. Qu’est-il sorti de ces rencontres ?
Cette mission signifie d’abord que le Maroc est dans un état de réciprocité, fait très apprécié à Bratislava. J’aurai dès demain, avec M. Hassan Bernoussi les résultats de cette mission à laquelle il a participé. Je peux vous dire dès à présent que sur les questions de la non double taxation, la protection des investissements et le transport routier et aérien, des conventions pourraient être rapidement signées. Les Marocains ont aussi manifesté leur intérêt dans la signature de convention touchant aux domaines touristiques et culturels.
Quelles sont justement les potentialités touristiques de la République slovaque ?
Elles sont importantes et nous comptons bien les exploiter dans l’avenir. Nous sommes dans la même configuration géographique que l’Autriche et la Suisse, mais avec une infrastructure moins développée. Nous recherchons donc des partenaires et des opérateurs touristiques. Nous avons de nombreuses stations de ski et un très bon taux d’enneigement. La campagne est magnifique (des forêts, de nombreux châteaux..). Nous disposons d’une tradition ancestrale de thalassothérapie, des bains, SPA… et d’un passé impérial très riche : Bratislava a été durant deux cents ans le berceau des monarchies hongroises. Enfin, il est possible sur le Danube de traverser Vienne, Budapest et Bratislava.
Qu’est-ce que votre adhésion toute neuve à l’Union européenne va changer pour la vie des Slovaques ?
C’était un rêve de toute une génération de Slovaques qui souhaitaient un retour à la famille européenne. Elle vivait assez mal de se voir exclue, alors que, leurs voisins autrichiens, allemands faisaient partie de l’Union. Cette adhésion va incontestablement améliorer ses conditions de vie, assurant en outre sécurité et stabilité à un pays qui n’a que onze ans d’existence. Les jeunes slovaques vont aussi pouvoir voyager beaucoup plus facilement.
Vous vous retrouvez avec la Tchéquie dans une Europe commune. Quelles sont vos relations aujourd’hui avec votre sœur tchèque ?
D’abord c’est un cas très rare (unique ?) de division d’un pays d’une manière amicale, les transitions se faisant généralement dans la douleur. Nos relations sont aujourd’hui très bonnes. Nos commissaires européens se consultent, échangent.
Vous faites partie des sept pays à avoir demandé à ce que figure explicitement une référence chrétienne dans le préambule à la constitution européenne. N’est-ce pas un détournement du projet européen ?
L’union européenne a été créée sur une base de valeurs communes. Les racines chrétiennes sont une de ces valeurs qui ont fait l’Europe. Il ne s’agit pas d’exclure les autres religions ou les personnes athées mais de rappeler ces valeurs communes à tous.
Nombre de pays de l’UE, largement déchristianisées, ne se reconnaissent précisément plus dans ces valeurs. De plus, la laïcité n’impose-t-elle pas d’exclure toute référence religieuse dans les textes officiels ?
C’est plus une référence historique, culturelle que religieuse. La laïcité ne doit pas non plus être la seule valeur. Elle n’est pas antinomique avec la religion catholique. La Slovaquie et la Pologne sont les pays les plus proches de leurs racines chrétiennes. Se focaliser sur un mot pour remettre en cause la constitution ne serait pas juste.
Comment s’est passé la refonte de l’économie pour satisfaire aux critères de l’UE ?
Sur les dix nouveaux adhérents, la Slovaquie a été considérée comme le pays ayant le mieux réussi sa réforme. La libéralisation attire de nombreux investisseurs étrangers. La politique fiscale prévoit un taux fixe généralisé extrêmement bas de 19% pour l’ensemble de la fiscalité (aussi bien la taxe sur les bénéfices que sur les personnes privées). Les employés slovaques sont bien qualifiés, disciplinés. Les salaires sont moitié plus bas que ceux des autres pays européens. Nous avons en outre dans l’entreprise une culture du compromis très appréciée.
Vous avez aussi une main d’œuvre moins qualifiée qui avec le système libéral a été plus marginalisée encore : les tziganes. Pourriez-vous me parler du problème des minorités, hongroise et tzigane ?
Le traitement des minorités était un des critères pour rejoindre l’U.E. Un parti d’origine hongroise fait partie de la coalition au pouvoir (les Hongrois représentent 10% de la population). Le vice 1er ministre, également ministre des minorités, est issu de ce parti. Nous reconnaissons en revanche le problème de l’intégration tzigane (les Roms) que nous ne réglerons que par l’éducation dans une vision globale européenne avec les autres pays concernés.
Propos recueillis par Yann Barte