Lieu de toutes les solidarités, le foyer reste avant tout une salle d'attente.
"Babylone" est situé dans une toute petite rue, à quelques pas seulement de Bab Marrakech. «Babylone», c'est le nom donné à ce foyer par les premiers arrivants, il y a tout juste un an. Une référence rasta ! Entre 15 et 50 Africains vivent au rez-de-chaussée de ce deux-trois pièces de 50 m2. Sénégalais, Guinéens,Gambiens, Maliens.., se serrent les coudes dans tous les sens du terme.
Au sol : des nattes, quelques matelas usés, deux ou trois couvertures. Au mur : un carrelage, une peinture défraîchie et comme unique décoration, du linge suspendu çà et là, à chaque porte, chaque tuyau, chaque aspérité qu'offre la pièce : des sweats, des guirlandes de shorts, de maillots de foot... Deux Sénégalais préparent le «Tiebu guinar» (riz au poulet). Trois autres jouent au «mariage», un jeu de carte sénégalais. Un quatrième les observe en se curant les dents et se balançant sur un tabouret de camping. Sonia s'adresse en anglais au Nigérian, le seul du foyer. Entre le wolof et le poulaar, le Nigérian souffre un peu d'isolement linguistique. Alors, il pose son
: "A practical formula for successful living" à côté de son voisin, très absorbé par une petite caméra d'enfant avec laquelle il visionne des images de La Mecque. «Maouia», le Mauritanien, trifouille un squelette de radio) qui par miracle nous passera "Omar Pene", puis Alpha Blondy. L'ambiance est sénégalaise. Majorité oblige.
Malik et Mamadou arrivent, casquettes sur la tête, suivis de Pape Madiethe, le chef, en boubou bleu. C'est le vétéran des lieux. Il fait de grands gestes pour saluer tout le monde, toujours jovial. C'est lui qui est chargé de récolter l'argent. 200 DH par mois pour le loyer de 3 500 DH et 10 DH par jour pour le repas du soir. Certains n'ont déjà plus rien. La solidarité joue alors, très forte. Lamine se crée une petite place pour prier. Pas facile de se concentrer au milieu des rires et du reggae. La promiscuité, c'est le plus pénible ici. C'est aussi un réconfort d'être avec des compatriotes, de se raconter des histoires du pays...C'a y est ! On s'agite autour des marmites. Les joueurs se lèvent pour faire la queue au robinet. Le riz est partagé dans trois grandes bassines au milieu desquelles on ègraine quelques morceaux de poulet. On y ajoute quelques quartiers de citron. On plie les nattes. On se place.
Casablanca, la ville blanche
C'était il y a trois semaines. Aujourd'hui, le foyer est abattu, silencieux. Tout semble s'être arrêté. Il ne reste plus que sept ou huit locataires. Presque tous ont été raflés. Menottés, entassés dans des fourgonnettes. Retour à la case départ. Oujda probablement. Le circuit infernal. Beaucoup s'apprêtaient déjà à rentrer chez eux. On ne sait plus rien d'eux. Si ce n'est qu'ils sont au 4ème sous-sol d'un commissariat. C'était quelques jours à peine après la visite de José Maria Aznar . Un coup de pub peut-être !
Les clandestins étaient au menu des deux Premiers ministres. Entre la guerre des tomates, le poisson et le développement des régions du Nord. Ça ne vaut pas plus que ça un «Africain», Un «fléau» à éradiquer ! La police est venue à six heures du matin. Elle a embarqué tout le monde. La médina est morte. Le souterrain habituellement plein de vendeurs est mort. Même les petits vendeurs marocains sont choqués, L'hôtel des Amis n'a plus de locataires. Vidé lui aussi. Alors, pour faire quelque chose, on y fait aussi le grand ménage...Y.B.
BABYLONE Casa : un petit coin du Sénégal
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