DOSSIER (1ère PARTIE)
Terminus Tanger
Parcours de tous les dangers : De la désespérance à la révolte
Casa : un petit coin de Sénégal au coeur de la médina
Témoignages: Le racisme au quotidien
"Train d'enfer"
Défrichage,déchiffrage - Africain, moi ?
Entretien : spécialiste des migrations
"Périple: " On voyait les lumières de l'Espagne".
DOSSIER (2ème PARTIE)
Etudiants : Des sirènes du privé au fausses notes de l'intégration
lAssociations, syndicats, foyers... La préférence communautaire
lLe cjhoix du maroc : Ils étudient, ils travaillent
Etudiants "africains" au Maroc, aujourd'hui journalistes
Entretien avec Mohamed Charef, géographe urbaniste, enseignant-chercheur à la faculté des lettres et des sciences humaines d'Agadir, directeur de l'ORME (Observatoire régional des migrations espaces et sociétés).
Le Journal : Quand les premières Immigrations au sens moderne du terme (émigrations de travail essentieltementl ont-elles débuté?
Mohamed Charef : Les premiers immigrés connus étaient des tirailleurs sénégalais, durant la période de la conquêt française. Plus tard, les années 60 voient arriver une nouvelle forme d'immigration estudiantine. Le mouvement prend plus d'ampleur encore dans les années 70 puis 80. Ces étudiants sont aussi de plus en plus nombreux aujourd'hui dans les établissements privés. Il y a aussi ce qu'on a appelé «les mamas Mercedes», ces femmes africaines qui viennent faire leurs courses au Maroc et repartent chargées de produits qu'lles revendent. Ils seraient d'ailleursintéressant de connaître le chiffre d'affaires réalisé par la RAM sur les bagages des lignes Casa/Dakar/Conakry ! Enfin, depuis les années 80, le Maroc est devenu un pays de transit. Avec la mondialisation, la fermeture de l'Europe Schengen, l'instauration des visas en 86 pour une grande partie des pays africains dont le Maroc, les Africains sub-sahariens viennent au Maroc dans l'espoir de passer en Europe.
A-t-on une idée du nombre d'Africains sub-sahariens clandestins sur le territoire marocain ?
Par définition, ces chiffres ne peuvent être connus. Les services de la gendarmerie, le ministère de l'Intérieur ne fournissent d'ailleurs aucune donnée à ce sujet. On ne peut faire que des suppositions, des estimations à partir du nombre d'arrivants à Sebta et Melilla par exemple. Sans doute uu millier par an. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls. C'est ce que j'ai pu constater lors d'une enquête en 92, rencontrant prés du port de Tanger des Turcs, des Kurdes...
Les femmes sont-elles aussi des «aventurières» ?
Elles sont en effet de plus en plus nombreuses. C'est un phénomène surprenant qui conceme d'ailleurs également l'émigration marocaine. A l'origine, il n'y avait presque jamais de femmes immigrante. On en trouve aujourd'hui dans presque tous les convois arrêtés. En janvier demier par exemple, parmi 70 personnes arrêtées dans un convoi, on comptait une dizaine de femmes. Des femmes voyageant seules le plus souvent, quelquefois même enceintes. Les Nigérianes semblent les plus nombreuses.
Que cherchent les étudiants noir-africains au Maroc?
Des formations spécifiques qu'ils ne trouvent pas dans leur pays d'origine. Cela a commencé dans les années 70 dans les filières tourisme, urbanisme, management... Ils viennent aussi pour la qualité des enseignements liée quelquefois à des opportunités de bourse dans le cadre de la coopération. Certains de ces étudiants rsetent et travaillent dans la presse, l'ingénierir, l'informatique... Nombreux sont ceux qui retournent au pays pour aider au développement, principalement ceux issus des écoles privées. Certains enfin considèrent le Maroc comme un point de transit. Quelques écoles marocaines offrent par exemple la possibilité de terminer un cursus au Canada.L'immigration actuelle a-t-elle changé la nature ?
Oui. Nous avons vu la fin des migrations tournantes. De temporaire, les émigrations sont devenues définitives, sans coupure avec le pays d'origine. Autrefois, les Sénégalais par exemple arrivaient en Europe, faisaient de l'argent et retournaient chez eux. Le cousin plus jeune partait à son tour et ainsi de suite. La fermeture de l'Europe a mis fin à ses formes de migrations "nomades". C'est vrai aussi pour les Marocains aujourd'hui sédentarisés. Terminé le paysan marocain qui venait cultiver sa terre six mois de l'année au pays et regagnait ensuite son usine en France ! Ces émigrés revendiquent aujourd'hui des espaces circulatoires et ce que certains ont appelé une "mondialisation par le bas". ils vivent ces deux espaces, ils contribuent et investissent dans leur pays d'origine comme dans le pays d'installation.
Propos recueillis par Y.B.
FLUX "La fermeture des frontières de l'Europe
a mis fin aux émigrations tournantes"