DOSSIER (1ère PARTIE)
Terminus Tanger
Parcours de tous les dangers : De la désespérance à la révolte
Casa : un petit coin de Sénégal au coeur de la médina
Témoignages: Le racisme au quotidien
"Train d'enfer"
Défrichage,déchiffrage - Africain, moi ?
Entretien : spécialiste des migrations
"Périple: " On voyait les lumières de l'Espagne".
DOSSIER (2ème PARTIE)
Etudiants : Des sirènes du privé au fausses notes de l'intégration
lAssociations, syndicats, foyers... La préférence communautaire
lLe cjhoix du maroc : Ils étudient, ils travaillent
Etudiants "africains" au Maroc, aujourd'hui journalistes
Attente, agressions, humiliations, prison... le rêve coûte cher. C'est à une véritable chasse à l'homme que se livrent les autorités des pays concernés contre les clandestins.
A Tanger on attend le guide, dans la «brousse». Et cette brousse-là est des plus dangereuses. «On est sans cesse agressé à coups de pierre, de bâtons, de pistolets à plomb par des bandits. Chaque fois que deux ou trois personnes vont chercher de l'eau pour le campement, elles risquent de se faire agresser voler" se souvient cet «aventurier».
«Ils te tirent même dessus. A Castillojo, fin mars, des bandits ont agressé des Sénégalais qui se trouvaient dans le trou (une crevasse naturelle où ils se cachaient). Ils ont tué sur le coup, avec des fusils à pompe et des couteaux, celui qui faisait la garde. Ensuite, ils ont mis le feu à une couverture et ont tiré sur le trou. Il y a eu de nombreux blessés. L'un d'entre eux, Adiouma, est mort des suites de ses blessures le lendemain (une balle dans la poitrine). Je l'avais rencontré dans la forêt. Les deux curps ont été ramenés à Rabat".Un guide, c'est cher et peu fiable. Il vous prend 5.000, 10.000 DH et vous laisse tomber.
"Mais c'est plus facile avec un guide que seul" reconnaît Mamadou qui a testé les deux méthodes. "Les guides travaillent déjà avec les militaires marocains. Le business est établi». Et ' il y a les autorités marocaines. "Les gardes-frontières nous frappent, nous piquent de l'argent. Après c'est le tour de la police qui nous menace de refoulement vers Oujda" raconte Ibrahim, Guinéen. Car nombreux sont ceux que l'on "rebalance" de l'autre côté, en Algérie. La prison est aussi une expérience traumatisante «on ne peut même pas se coucher entassés à 325 dans une salle, un repas par jour : du pain et des sardines» (prison de Tétouan). «On nous menaçait de tortures, en sortant tout le matériel : barres de fer batterie de voiture» (prison de la Sureté nationale de Tanger). «J'ai vu un Marocain revenir plein de bosses. On lui avait frappé la tête contre les murs. Il avait aussi subi des chocs électriques. Il tremblait. Il a gémi toute la nuit», se souvient Mamadou, alors à Tanger. Certains relatent aussi des violences de la part des militaires espagnols «dans la zone du grillages, ils m'ont roué de coups». Mais plus souvent, les Espagnols confisquent vestes et chaussures. "J'ai été pris dans un trou, des pièges entre les deux grillages, marocain et espagnol. J'ai été blessé au genou, mais les Espagnols m'ont laissé repartir qprès m'avoir pris mes chaussures et une boutielle de lait que je transportais» (Assane, Sénégalais de 32 ans). Les Algériens sont aussi de la partie. «Ils te tabassent et volent tous tes biens. Beaucoup de Nigérianes se font violer aussi, quelquefois des hommes! Et si tu ne t'arrêtes pas lorsqu'ils disent "halte", ils te tirent dessus», raconte ce Sénégalais déporté en Algérie.
Certains déjà ne pensent plus qu'à retoumer chez eux. "Au début, je voulais aussi faire la frontière comme beaucoup de mes compatriotes, mais nombreux sont ceux qui ont échoué. J'ai préféré rester au souterrain et vendre mes bijoux et colliers», raconte Ousseynou, Sénégalais de 26 ans. "Ici, il n'y a rien et on n peut pas passer ! C'est ce que je voudrais dire à toute la population du Sénégal», raconte Youssef qui a aussi été tenté par l'aventure. Mais le message ne passe pas. Le retour est toujours vécu comme un échec un peu honteux. Alors, on se tait. Un effort de communication des Etats concernés en direction de ces «aventuriers» serait sans doute salutaire, Peut-être compterait-on moins de cadavres sur les rives marocaines et espagnoles. Plus de cent-vingt déjà dans le détroit de Gibraltar depuis le début de l'année!
Y.B.
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