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M. Dana
Directeur de l'ANPE Spectacle

"Personne en dehors de l'ANPE, n'a le droit de constituer un fichier de demandeurs d'emploi, à plus forte raison payant. Le métier d'acteur de complément est très réglementé. Les salaires tout d'abord : ils dépendent du nombre de personnes, de la foule, des vêtements personnels ou prêtés. Le salaire sera différent si l'on vous coupe les cheveux si vous avez un chien, une voiture.., en gros de 300 à 1.000 francs. Sur Paris et la couronne, il existe une convention collective de l'audiovisuel stipulant que 80% des personnes sur un tournage doivent être professionnels. En fait, je pense que le milieu est plutôt^t bien encadré. C'est le rêve à mon avis qui produit l'arnaque. Ici, à l'agence nous recueillons plus de 20.000 offres par an, mais il n'est pas question pour nous que nous nous engagions à fournir des gens qui ne soient pas des professionnels du spectacle. Les conditions d'inscription à l'agence sont d'ailleurs strictes : 507 heures sur les 12 derniers mois dans un travail professionnel du spectacle ou 2 ans de suivi de cours. La personne doit aussi pouvoir nous présenter un certificat attestant qu'elle continue à suivre des cours".

ANPE du spectacle (professionnels uniquement) 50, rue de Malte 75011 . Tél.: 01 43 55 96 30
Syndicat Français des Artistes Interprètes. 21 bis, rue Victor Massé. 75009 Paris. Tél : 01 42 85 88 11
ASSEDIC (intermittents Paris) 31, rue Bergère. 75001 Paris. Tél.: 01 47 70 32 32


Mme Vanson
Répression des Fraudes

"Le domaine des offres d'emploi n'est pas encore un espace protégé. En matière de figuration, nous avons à faire essentiellement à des prestataires de services et non à de réelles propositions d'emploi. Il s'agit de création et vente de books de 1.500, 3.000 flancs, des formations de mannequin, etc... Certaines agences font du placement. Là aussi la situation doit être clarifiée. C'est pourquoi nous allons rencontrer nos collègues du ministère du Travail afin de discuter de la légalité de telles agences. Si je devais donner un conseil de recherche d'emploi dans ce secteur, ce serait de se rapprocher des ANPE spécialisées, comme l'ANPE du spectacle ou les syndicats professionnels, ceci afin de bien connaître les pratiques du métier. Et plutôt que de contacter ce type d'agences, je conseillerais aux candidats de contacter directement les sociétés de production, avec quelques bonnes photos",


M. Jean-Pierre Moreux
Syndicat français des artistes interprètes (SFA)

"Les arnaques de la profession sont de divers ordres. Il y a d'abord les employeurs indélicats, violant les conventions collectives. Il y a les stages de 1.000, 4.000 francs ou plus, proposés par des pseudo ou non, metteurs en scène qui vous promettent ensuite de vous prendre dans un spectacle. Nous constatons ensuite que de nombreux artistes restent impayés. Il y a aussi toutes ces agences bidons qui profitent de la situation actuelle de l'emploi. Il est vrai que la profession se radicalise, avec d'un côté un pôle de 300, 400 personnes qui vivent très bien et de l'autre une population qui vit surtout de longues périodes de chômage. Si je devais faire de la figuration, j'irais dans une production de cinéma par exemple et dirais : je veux faire de la figuration, je vous laisse ma photo, rappelez-moi. Des personnes de l'équipe de production sont chargées de ce travail. Ensuite il est bon d'utiliser ses relations lorsque l'on est mieux introduit dans le milieu. Le conseil à retenir est donc de s'adresser directement aux maisons de production de TV, cinéma et de se tenir au courant de tournages par les copains ou les revues professionnelles".


Pour mieux découvrir les arnaques, rien de mieux que de répondre aux nombreuses annonces de la profession et de se déplacer. Quelques journaux gratuits, pris sur le comptoir de votre boulangerie suffiront pour démarrer, lls sont les gagne-pains des agences bidons. Parcourez leurs rubriques "spectacle", "modèles et photographes".., et commencez le tri : les faux numéros, et ceux qui ne répondent pas, les renvois "je ne peux pas vous répondre, je suis en entretien, rappelez au..." qui ne répond pas davantage, les répondeurs "nous ne sommes pas là pour le moment, pour cause de production..." ou "adressez votre C.V., et photo à telle adresse... ". Au bout du fil, la personne semble toujours pressée. L'entretien moyen dure 20 à 30 secondes. Deux questions maximum seront posées : quel âge avez-vous ? Avez-vous déjà fait de la figuration ? Cette dernière question ne semble pas avoir d'autres fonctions que de rassurer le candidat en lui offrant l'image d'un semblant de sélection : quelle que soit votre réponse, vous aurez un rendez-vous pour le lendemain ou le surlendemain. A peine l'adresse énoncée, votre interlocuteur vous raccroche au nez. Pas de temps à perdre.

Premier rendez-vous. Mardi 10h30, métro Cadet, rue Saunier. Une agence qui n'affiche pas son nom, lci vous serez reçu presque immédiatement dans un bureau exigu au premier étage d'un vieil immeuble. Des photos jonchent, dans un désordre étudié, le bureau et les bords de fenêtre. Après quelques questions et quelques amabilités (d'usage dans la profession ?) : "vous faites plus jeune que votre âge, vous avez quelque chose d'intéressant...", les chiffres arrivent : - "Vous savez qu'une journée de figuration est payée entre 250 et 1.000 F. Sur ce cachet nous demandons 15 % à partir de 5.000 F atteint. Vous aurez, me lance dans la foulée l'assistant casting, des frais d'inscription de 800 F... Inutile de noter" ajoute mon interlocuteur me voyant, écrasé par les infos chiffrées, plonger dans mon sac à la recherche d'une feuille. Bien que très court, l'entretien n'en est pas moins entrecoupé d'incessants appels de candidats. Une femme humiliée d'avoir été volontairement coupée rappelle les règles élémentaires de politesse à mon interlocuteur qui me prend alors à parti : "vous entendez cette folle... ". - " La figuration, vous le savez comme moi, n'est pas un métier", lance-t-il arguant de la précarité de l'emploi. Que dire alors des 800F réclamés à des personnes précisément en situation généralement précaire ? Je lui pose la question. - "Vous savez quand on est motivé, on ne compte pas ! "
- Quelle garantie puis-je avoir de travailler avec vous ?
- Nous vous donnons un contrat avec une première figuration. Pour nous ces 800 F c'est une garantie que vous n'êtes pas un semple courant d'air".

Ainsi dans le meilleur: des cas, vous ne rentrerez même pas dans vos frais, après votre première prestation. vous aurez travaillé un jour ou deux, pour rien. L'agence a précisément tout intérêt à voir passer une quantité de ces "courants d'air".
- N'est-il pas possible de s'arranger et de payer après obtention d'une première figuration ?
-Ecoutez à ce moment-là, allez travailler ailleurs, revenez avec cinq ou six cachets et en tant que professionnel vous n'aurez plus de frais d'inscription ici.
Le type se lève. L'entretien est terminé.

Règle n° 1

N'acceptez de payer aucun frais d'inscription.

De nombreuses agences vous demanderont de payer des droits d'inscription ou des cassettes vidéo, des books obligatoires comme condition d'accès. Refusez dans tous les cas.

2ème rendez-vous. Mercredi 15h30, rue des Petites Ecuries. J'arrive au rendez-vous en même temps qu'un jeune homme convoqué à la même heure pour la même offre. Les mots de l'annonce qui ont fait tilt : "urgent", "press book inutile", "licence ministère du travail" qui ne signifie rien d'autre qu'une inscription au registre du commerce. Nous attendons près de 3/4 d'heure. Dans la salle d'attente un standardiste fixe rendez-vous sur rendez- vous aux nombreux candidats, qui, comme nous, ont lu l'annonce.
Nous sommes enfin reçus tous les deux ensemble (pour gagner du temps). L'entretien ne dure pas plus de deux minutes.
- "Vous avez déjà travaillé dans la figuration ? ... Vous nous
adressez un C.V., quelques photos avec une enveloppe timbrée pour la réponse. Très important l'enveloppe timbrée, sinon on ne peut pas vous répondre"
. La vie d'une entreprise tient décidément à peu de chose...

Règle n° 2

Tachez d'obtenir le maximum de renseignements par téléphone, vous éviterez ainsi perte de temps et déplacement inutile.

Certaines autres agences vous paraîtront honnêtes. Elles ne vous demanderont aucun frais d'inscription, aucun pourcentage sur vos prestations. Elles vous proposent simplement e vous constituer un book à partir de quelques bonnes photos professionnelles. Si vous refusez ou avez déjà de bonnes photos, vous pourrez certes vous inscrire, mais aurez peu de chances de sortir des tiroirs de l'agence.

Yann BARTE

 

Le Marché du Travail, du 23/29 95

Les coulisses
de l'arnaque
Mode Figuration

Dans le milieu de la figuration,
sans doute plus qu'ailleurs, les arnaques sont légions. Un flou des plus artistiques flotte effectivement sur ce secteur.
La Répression des fraudes alertée par de multiples plaintes a décidé aujourd'hui de se pencher sur le problème.
En attendant ses conclusions, il est bon de rappeler quelques règles élémentaires de mise en garde contre des marchandes de rêve quelquefois peu scrupuleux.