Avis
de grand bleu
REPORTAGE-ARCHITECTURE
Pour
sa villa de Bouznika, l'architecte Jamal Lamiri Alaoui a opté pour
des voolumes clairs, ouvers et zen, modernes mais sans ostentation, où
s'invitent la lumière et la mer dans un doux parfum boisé.
Le
Beach Club, le Club House, les résidences du Country, le point
de débarquement des pêcheurs… Jamal Lamiri Alaoui, architecte,
a marqué de son sceau toute la baie de Bouznika. C’est là
qu’il a installé sa maison de vacances, au bord de l’eau
et à quelques heures à peine de sa résidence principale
rbatie.
Sa villa, qui fête son cinquième été,
a fait quelque peu office de maison témoin pour les constructions voisines
: les « villas des dunes », toutes dessinées par l’architecte.
Des villas cossues, spacieuses, pour les week-ends et les vacances, été
comme hiver. Délaissant le style traditionnel hispano-mauresque, ces
édifices empruntent bien plus aux riches villas américaines
de Floride, celles de Fort Lauderdale (la « Venise américaine
») ou celles éparpillées sur le fleuve guatémaltèque
Rio Dulce, entre Puerto Barrios et Livingstone. C’est aussi une architecture
des îles, mauriciennes, caraïbéennes… à l’orientation
résolument balnéaire.
Assurément,
pour l’architecte, la proximité du large autorisait un esprit
nouveau, des apports lointains dans le respect de la baie. L’esprit
« bord de mer » de ces constructions comme les matériaux
utilisés ont fait le succès de cette communion avec l’environnement.
Les matériaux se devaient d’être résistants à
l’air marin : du tek, pour les parquets et les terrasses, dit «
joint bateau » comme celui utilisé sur les yachts et du pin d’Oregon
mêlé au très comparable cèdre américain.
L’inox, toujours marié au bois, habille les portes et les terrasses
: garde-corps, rampes, colonnes… Un escalier suspendu évoque
une passerelle de bateau, tandis que des hublots sur une façade blanche
nous rappelle encore une fois la mer. Rappel des îles toujours, un toit
blanc et quasiment plat. La lumière, comme la mer, entre par toutes
les ouvertures. Elle traverse la maison, du rez-de-chaussée au premier
étage et s’invite même sans frapper par la porte d’entrée,
translucide.
De
larges baies vitrées ceinturent la villa. A l’extérieur,
des vitres posées, sans accroche, entre la plage et le jardin, offrent
au regard d’étonnants panneaux de l’horizon, tels des peintures
en camaïeux de bleu. A marée basse, le tableau vivant se transforme
encore, dévoilant un banc de sable et un plateau rocheux. Un spectacle
que l’on peut contempler depuis les salons à l’assise très
basse, installés au bord du jardin ou sur le vaste balcon boisé
du premier étage.
Seule la pierre (travertin naturel) présente sur quelques murs extérieurs
et au sol donne à cette habitation moderne une touche ancienne. Posée
en larges dalles, cette pierre poreuse est aussi disposée en briquettes
pour habiller les murs dans un esprit plus marocain.
L’architecture contemporaine du bâtiment s’est éloignée
d’une modernité ostentatoire. Ce sont l’espace,
la lumière et la sobriété qui ont guidé la construction.
Les matériaux et la volumétrie demeurent assez classiques. Le
mobilier est feutré, discret, presque neutre, aspirant à une
sérénité totale. Ici, un canapé en cuir fait face
à une longue table basse, là, un salon écru sur un tapis
blanc presque uni. Seules quelques tâches de couleur apportées
par les tableaux posés sur les murs ivoire et quelques lignes verticales
et horizontales (stores, chaises, colonnes…) viennent titiller ce décor
épuré.
Amateur d’art asiatique, l’architecte a été marqué
par les ambiances et intérieurs japonais. Aujourd’hui,
il a d'ailleurs préparé le pavillon marocain pour l’exposition
universelle à Aïchi, qui se déroule actuellement au Japon.
Le japon qui est lui aussi bien présent, derrière ce petit jardin
de sable et de galets, ces transparences ou ces grilles de carrés de
bois (véranda extérieure), plus encore dans la sérénité
des espaces.
Yann Barte