Conjugaison
hétéroclite
REPORTAGE-INTERIEUR
Comment mettre au diapason une symphonie d'éléments éclectiques ? Par petites touches de tissus, de couleurs et de styles, l'architecte Raja Tahiri s'est faite accordeuse d'intérieur"
C’était
une véritable gageure pour l’architecte d’intérieur
Raja Tahiri : rendre cohérent et harmonieux un ensemble d’éléments
préexistants tout à fait hétéroclites. La jolie
villa casablancaise n’avait aucun style prononcé. En véritable
chef d’orchestre d’intérieur, Raja devait mettre au diapason
une multitude d’éléments disparates. Dans la villa, des
plâtres arqués à l’ancienne se mêlent aux
zelliges, au style art-déco ou asiatique. Les volumes
contemporains côtoient les formes les plus traditionnelles. Le mobilier
lui-même est des plus éclectique. La marge de manœuvre allait
donc être étroite. C’est à un véritable travail
de correction et de rattrapage que s’est attelé Raja. Les tissus
et les couleurs pouvaient, seuls, jouer les principaux traits d’union
de tout cet ensemble composite à accorder.
Dans cet espace très lumineux du rez-de-chaussée, la propriétaire
tenait à disposer de quatre salons. Mettre à l’unisson
des salons si différents, en partie déjà composés,
constituait un exercice inhabituel pour l’architecte en même temps
qu’un véritable défi. Raja les a souhaités conviviaux,
accessibles et fonctionnels dans leur distribution. Coté salon marocain,
peu de choses ont été ajoutés à ce décor
déjà bien riche. Quelques coussins or et mauve, sans passementerie,
pour éviter une surcharge « beldie ». Deux
Midas, des tableaux de Fatima Hassan, artiste naïf, ainsi que deux chaises
indiennes confirment l’esprit orientaliste du lieu.
En face, dans un salon plus contemporain, répond un canapé bleu
au précieux tissu en chenille brute lamée de fils de bronze.
Un second canapé en skaï aux couleurs plomb marron glacé
entoure une table indienne aux formes très simples. Deux bergères
originales en velours imprimé de Kenzo font résonner une touche
art-déco, constante de la villa.
A côté d’une rotonde vitrée, le troisième
salon est assurément le plus sobre. Dans des couleurs tabac chaud,
en échos au bois de l’imposante bibliothèque qui coupe
la pièce et à des cache-radiateur cannés, les canapés
se mêlent aux éléments fauves et exotiques : des coussins
zébrés, des lampes tâchées, deux bergères
tigrées au style difficilement identifiable, des tableaux de visages
africains... Aux fenêtres, des stores bateau en organza cuivre habillés
de chenille brute d’un orange feu réchauffent l’espace
et jouent avec la lumière.
Le dernier salon, est d’un esprit très oriental, indien. Dans
ses associations de couleurs d’abord. Des tissus orange donnent de l’éclat
à des canapés fuchsia. La striation et les ondulations de la
table dessinée par l’architecte finissent d’accompagner
le style asiatique de cette pièce très conviviale. Ce séjour
familial vous invite à la détente : vous enfoncer dans un pouf
en cuir aux formes originales ou vous allonger sur une méridienne rose
bonbon.
L’escalier, en tadlaq strié, sobre et élégant avec
ses arrondis et ses angles, offre une séduisante perspective. A ses
pieds, un paravent indien et comme seuls éléments de décoration
: deux lampes marocaines et deux miroirs en cuir noir. C’est en empruntant
ses marches zelligées que vous accédez aux chambres.
Trois chambres d’enfants et une autre chambre, celle des parents, entièrement dessinée par l’architecte, dans deux versions : été et hiver. L’été, la chambre de décline sur un thème asiatique avec des rouges clairs tandis que l’hiver, le skaï, le faux serpent, la fourrure et la peau de vache prennent le relais. La propriétaire souhaitait un espace chaud et sensuel. Un travail a alors été effectué sur les rouges et les blancs. Des murs rouges discrètement lamés or, un plafond aubergine, des stores bateau rouges également. Une tête de lit en skaï blanc aux cabochons de bois - rappelant étrangement l’isolation acoustique des studios d’enregistrement - donne un aspect capitonnage très « cocooning » à la pièce. A quelques mètres du lit, le canapé en skaï blanc réchauffé par quelques coussins rouges et peau de vache, vient, avec ses grands carrés dessinés, comme un échos à la tête de lit. Enfin, une paire de chevets en bois et inox aux poignées argentées entoure le lit, identique au meuble hifi-bar disposé sous un écran géant.
Yann Barte