Dérive des continents
REPORTAGE-INTERIEUR

 

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retour Maison du Maroc

Dans une dérive ethnique, cette maison à quelques centaines de mètres de l’océan, marie les cinq continents. Une surprenante invitation au voyage…

C’est un carnet de voyage. Asie, Amériques, Océanie, Afrique… à quelques centaines de mètres de la Corniche de Casablanca, cette maison se souvient. Marquée par les pérégrinations de son propriétaire, l’espace multiethnique met en scène une symphonie d’objets et mobiliers éclectiques d’un peu tous les recoins épicés de la Terre.


Dès l’entrée, résonnent des musiques du monde. Un châssis de piano et un balafon posé au pied d’un porte-bougie indien animalier donnent le la. L’ambiance est chaleureuse et musicale. Les murs terre de Sienne ou orangés réfléchissent un mobilier en bois : frises fassies ou commode indienne. Une femme noire drapée sur un chevalet vous invite à vous enfoncer dans un canapé aux coloris chauds … à moins que vous ne préfériez poursuivre la traversée des latitudes, en empruntant l’escalier où déjà quelques larges feuilles grimpent au mur.

La dernière marche laisse apparaître un gong, immense sphère de tôle martelée recouverte de feuilles d’or. Semblable à celui d’un temple bouddhiste, le gong fait vibrer la pièce de toutes ses notes cosmiques. Une pièce toute dédiée à la méditation et aux sons. Six tableaux d’une calligraphe libanaise explosent des lettres dans l’espace, pareilles à des croches dissipées échappées d’une portée. Une cithare indienne répond aux rythmes tigrés de colonnes balinaises posées à deux pas d’un piano droit. La pièce s’amuse des mélanges. Un masque brésilien rouge fait les gros yeux à un avocatier tressé et un étonnant divan peau de vache anime et meut le centre de la pièce, comme une note d’humour à déplacer sur roulettes.

A la tombée de la nuit, la pièce s’anime de lumières quelquefois indécises, vivantes et théâtrales. Les bougies font vibrer le lieu. Le gong éclairé par-dessous devient éclipse de soleil. Un Bouddha placide en pierre luit sous une bougie posée sur un meuble pyramidal indonésien, transformé en range CD. D’une fenêtre ouverte dans le mur attenant à l’escalier, des éclairages traversent la salle à manger. D’autres encore s’échappent derrière la boiserie « moucharabieh » d’une porte tibétaine ajourée de fleurs de lotus. Même mise en scène sur un mur au rouge scénique autour d’un panneau en bois de balcon fassi aux cinq fenêtres, à ouvrir ou fermer, selon la force de la lumière souhaitée. Une table de collection de « l’Elysée Montmartre » vous invite au repas sous les bons auspices d’une statue thaïlandaise.
L’été, la terrasse s’ouvre sur d’immenses cadres en bois découpant et décuplant l’espace, comme autant de fenêtres dessinées sur l’horizon. Yuccas, papyrus et autres plantes exotiques égayent les tableaux vivants.

Au salon, sur un triptyque de panneaux rouge terre, une massue et une lance amazonienne aux plumes perroquet protègent un masque kenyan à la gueule de bois. De grands personnages balinais se prennent à mimer l’élégance longiligne des statues africaines. Etonnantes similitudes d’objets de pays séparés pourtant de dizaines de milliers de kilomètres !
Au sol, d’épais tapis rouges réchauffent un marbre jaune sur tout l’étage. Des hauteurs d’un empilement décroissant de tables indonésiennes, semblable à un temple Cham, un abat-jour aux motifs fauve éclaire d’autres continents encore. Des bambous chinois s’enroulent au pied de surprenants panneaux de feuilles d’abaca, bananiers philippins. La fibre des feuilles séchées redessine une moustiquaire coloniale aux tons jaunis qui, au choix, dégringole jusqu’au sol ou s’enroule jusqu’au plafond. Presque des tableaux abstraits déroulants. A côté, une lampe montée sur un trépied colonial fait un clin d’œil au portrait sépia d'aïeuls fixés dans l’argentique, éternellement amoureux. Autant de fenêtres sur l’espace et le temps ! Une étonnante et massive selle de bois, travaillée et cloutée, a quitté le dos d’un éléphant pour s’asseoir sur le sol du salon. Devenue table, la surface indienne reçoit des sceaux chinois et des statuettes phéniciennes en bronze de Byblos… Face à elle, une chaise incrustée de Jodhpur accueille toute la sérénité du tableau « Paix » de Valérie Favre, peintre abstrait.
Animaux, nature… constituent toute la déco ethnique des espaces. Des lampes fruits exotiques ou poterie africaines, des tissus aux motifs antilope, des colonnes zèbre, des tableaux de feuilles… La jungle envahit l’espace de tout l’étage, tempérée par des murs d’un bleu ciel sage.

Yann Barte