La
maison ruche
PSYCHO-DECO
Longtemps synonyme de refuge intime, la maison s’ouvre depuis quelques années sur la famille au sens large, les amis, devient plus spacieuse, et conviviale que jamais. C’est la tendance hiving.
Le « cocooning blindé
» vole en éclats
Dans
les années 90, la maison était considérée comme
un refuge, un lieu fermé et de retrait. Les attentats du 11 septembre,
assurent les tendanceurs, sont venus pulvériser, dans toutes les sphères
d’activité, cette propension au repli. Un énorme besoin
de renouer des liens avec les autres s’est alors fait sentir. C’est
un principe en psychologie : « quand ça va mal, il faut se rapprocher,
se connecter ». Le « hiving» naissait alors, comme une urgence,
dictant désormais les modes et influençant les architectes et
décorateurs d’intérieur, jusqu’aux fabricants de
meubles et d’électroménager.
Vitalité et essaimage « Hiving » vient du mot « hive » qui signifie « ruche » en anglais, avec toute l’activité qui l’entoure. C’est le retour en force de la vie, de l’ouverture sur le monde et de la convivialité. La maison devient ainsi le centre d’activités multiples, mêlant vie familiale, loisirs et travail. La famille élargie, les amis et les voisins y trouvent toute leur place. Dans la maison, on leur consacre désormais bien plus de temps qu’aux objets. Une approche assurément plus généreuse que celle qui prévalait dans la maison « vitrine ».
Des pièces vraiment « à vivre »
-
La cuisine, pièce maîtresse devient un peu le quartier
général d’où l’on contrôle toutes les
activités, sans s’isoler de l’extérieur. Fonctionnelle,
ouverte sur le salon, elle est le centre de la ruche et accueille toutes les
activités de la maison : partie de mezzés ou tapas, préparation
des devoirs, apéro entre amis… c’est l’aire de discussion,
la salle d’étude des enfants, le lieu de retrouvailles des invités…
- Le salon se joue des frontières, s’ouvre sur
la cuisine et peut devenir aussi salle à manger autour d’une
table basse. La table, en effet, n’a plus rien de coincé ou d’intimidant.
- Les chambres, les salles de bains deviennent plus petites,
à l’inverse des aires plus communes qui s’agrandissent.
Mais ces espaces sont aussi plus nombreux pour accommoder la famille et les
(nombreux) amis.
- La cour, la terrasse sont plus accessibles par beau ou
mauvais temps. Les vérandas, les auvents ont la côte. On ne se
contente plus du barbecue dans le patio mais de véritable cuisine extérieure
toute équipée pour recevoir les amis en plein air.
Au cœur de la maison « ruche »
Les
pièces communes s’agrandissent, s’ouvrent, se juxtaposent,
permettant d’un regard, d’embrasser tout l’espace. On multiplie
les fenêtres pour observer le monde en mutation. Terminés les
salons marocains « en expo », les pièces pour le souâb.
Les meubles deviennent plus fonctionnels et conviviaux que jamais. Simplicité
et naturel sont de retour. Et la sacro-sainte TV du salon, devant laquelle
on plantait les invités comme pour éviter les échanges,
est reléguée dans les aires plus privées.
La maison, ouverte sur l’extérieur et en réseau, se veut
aussi un bouillonnement d’activités. On lit ses mails dans le
coin d’une cuisine tout en mettant le tajine familial sur le feu, on
fait « tberguig » pendant que la lessive tourne… On recherche
alors les électroménagers performants qui simplifient la vie.
Côté design, on mise sur la simplicité, les lignes horizontales
et épurées, la luminosité, tandis que les couleurs vives
et vibrantes remplacent les pastels neurasthéniques. Espace, confort,
convivialité et fonctionnalité sont les nouveaux maîtres
mots de la « maison ruche ». Totalement étranger à
l’individualisme en béton armé qui prévaut dans
certains pays, le Maroc, au sens pratique et aux valeurs communautaires bien
ancrées, a sans doute déjà en partie fait sienne de la
tendance « hiving ». Reste à s’ouvrir encore davantage
et gagner encore en simplicité pour plus de convivialité.